9ème Journée de l’AUPA 47

Les 9ème journées de l’AUPA ont réuni bon nombre de participants autour d’un sujet hautement d’actualité qui n’en finit pas de faire couler de l’encre…

La violence a toujours fait partie intégrante de l’histoire de l’humanité, elle l’a influencé voire façonnée. Dans cette violence, nous y retrouvons les meurtres ou les tueries.
Lors de cette journée, nous avons échangé autour de deux catégories bien distinctes d’auteurs de ces faits : « les tueurs en série et les tueurs de masse ». Ces catégories ne sont pas exhaustives et n’ont pas la prétention de définir avec exactitude l’entièreté des tueurs, mais elles permettent de mieux comprendre certains phénomènes contemporains, aussi fascinants que dérangeants. Les uns auront commis au moins trois meurtres répartis sur une période de temps, les autres le meurtre d’un grand nombre au même moment.
Ces deux catégories de tueurs n’en finissent pas de nous fasciner, autant qu’elles nous terrorisent.
Coups de feu, décapitations ou scènes de torture fascinent et offrent une macabre actualité aux voyeurs de la « mort spectacle » comme l’appelle de le philosophe Michèle MOZAHO. Nous sommes tous, à des degrés différents, attirés par le morbide. Et en 3000 ans d’histoire, rien à changé. L’humanité a toujours eu cette fascination pour les « boucheries ». Si loin que l’on remonte, nous en retrouvons toujours des traces, notamment dans la littérature.
Cette fascination pourrait s’expliquer par notre capacité à éprouver, face à l’horreur, à la fois souffrance et plaisir car les deux fonctionnent ensemble ; d’où le sentiment ambigu de fascination /répulsion. Notre attrait pour le macabre est le signe de notre empathie : nous expérimentons la souffrance d’un Autre, tout en nous rassurant (ce n’est pas nous !). Par là, nous nous confrontons à la mort pour nous sentir encore plus vivant.
Sur un plan socioculturel, ce sont les personnalités complexes de ces criminels qui nous fascinent. Et de nos jours, ils sont même parfois érigés en héros ou anti-héros, en quelques sorte « supérieurs » au commun des mortels qui se conforment aux règles communes de la société. Nous voyons alors apparaitre un nouveau syndrome que l’on pourrait appeler le « syndrome Hannibal lecteur ». Le spectateur ou le lecteur (car il y en a encore) s’identifie désormais davantage aux tueurs qu’aux victimes. Sur Facebook ou sur les blogs, des pages à la gloire des plus grands tueurs de l’histoire fleurissent. Les réalisateurs et les écrivains l’ont bien compris et en jouent pour susciter des sentiments controversés à l’égard de leurs personnages.

L’association des Urgences Psychiatriques en Agenais
L’association des Urgences Psychiatriques en Agenais

Cependant, dans le magazine « Philosophie », qui consacrait un hors-série sur « le mal et ses figures contemporaines », D. ZAGURY rappelle, au risque de décevoir, que les tueurs en série ne sont pas des êtres exceptionnels mais des « barbares ordinaires » unis par un même vide de la pensée, dans un même processus de répétition.
La plupart des crimes odieux ne sont pas le fait de fous – ce qui aurait pu nous rassurer (ce n’est pas nous !) – mais de gens ordinaires. Ces actes reposent surtout sur un intérêt quelconque, incompréhensible et dérangeant aux yeux de la société, voire parfois aux yeux du tueur lui-même : moment jubilatoire de toute puissance qu’il n’aura de cesse de vouloir recommencer.
A l’inverse du tueur en série, qui avance masqué en solitaire et planqué par crainte d’être médiatisé, les tueurs de masse n’ont qu’un désir, être révélé au Monde Entier. Souvent aléatoire mais représentatif d’une société qu’ils jugent responsable de leur mal-être ou de leur déchéance. Ils tuent au nom de valeurs ou d’idéaux avec un sentiment de vengeance et d’héroïsme mais toujours dans une logique suicidaire (aboutie ou pas). Ils perdent toute autonomie de la pensée et cherchent dans la mort un sens à leur vie.

Grâce aux brillants orateurs qui se sont succédé, nous en savons un peu plus aujourd’hui…

Dr Catherine MACORIG

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